Le fonctionnement s’articule autour de rôles dédiés au soin des ressources inanimées et des êtres vivants qui se retrouvent dans les tâches communes partagées le plus équitablement possible.
À Can Decreix, on cultive un art de vivre respectueux de la planète, des humains et de tous les êtres vivants. Ici, pas de voitures, pas de pétrole, pas de télé… mais une vraie richesse humaine et une profusion de solutions low-tech. Nous prenons soin les uns les autres, mais aussi des ressources tout au long de leur cascade d’utilisation. Le lieu fonctionne comme un organisme vivant, où chacun-e prend en charge au moins un rôle de soin de ressource, et de soin des autres.
Ces rôles font partie de différents cercles :
Ce cercle prend soin du végétal sous toutes ses formes et à travers toutes ses transformations : il cultive la patience, l’écoute du vivant, et une relation sensorielle, utile.
On prend soin de tout ce qui pousse : légumes, arbres, herbes, graines. Pas de tracteurs ni d’intrants chimiques : ici, tout part du sol, du soleil et du soin. Chaque rôle est une ode à la vie végétale, à la main verte partagée, et à l’autonomie alimentaire joyeuse.
« Des racines aux feuilles, tout se mange, tout se soigne »
Ce rôle suit les saisons avec attention, pour prendre soin des plantes sauvages (semi-agriculture), des plantes cultivées en planches efficaces et en créant des espaces spéciaux (wicking beds), puis les collecte, les transforme, les conserve, les fermente parfois, les sèche, les composte pour l’offrir aux plantes à nouveau.
« Les fruits n’ont pas de date limite, juste une maturité parfaite »
Cueille, trie et transforme les fruits du lieu en compotes, jus, confitures, vinaigres… avec peu de sucre, beaucoup de chaleur solaire, et beaucoup d’inventivité.
« Chaque feuille est un remède, un parfum, une histoire »
Cultive et sèche les plantes aromatiques et médicinales. Prépare tisanes, baumes, savons et décoctions. Transmet les savoirs anciens, apprend les usages des plantes sauvages.
« Un arbre nourrit pendant des générations »
Prend soin des arbres fruitiers et forestiers. Veille à la taille douce, aux récoltes collectives, au séchage des feuilles pour les animaux ou les infusions.
« Les graines sont des trésors en sommeil »
Gère les semences, cultive les céréales et légumineuses, suit le levain et la fabrication du pain. Échange, trie, fait germer la vie future.
« Les bonnes graisses viennent de nos mains, pas des machines »
Transforme olives, noix et autres graines en huiles. Fabrique savons et baumes. Collabore avec le textile pour produire du tissu ciré.
Ce cercle veille sur les matières fondamentales qui façonnent notre habitat et notre quotidien : pierre, argile, eau, soleil, vent. Ici, on ne domestique pas la nature, on collabore avec elle. Chaque geste est low-tech, ancré dans les cycles naturels et l’économie de moyens.
Ce cercle fait le lien entre matières premières naturelles et ingénierie artisanale. Il donne corps à une architecture vivante, belle et sobre, qui parle le langage du climat et des pierres.
« Reconstruire avec ce que la montagne nous offre »
Spécialiste des murs en pierre sèche, des escaliers, murets, bancs et bordures. Utilise les pierres du lieu pour bâtir sans ciment ni engin, avec équilibre et gravité.
« Le sable et la chaux : duo ancestral et respirant »
Fabrique enduits, joints et mortiers à base de chaux aérienne et sable local. Colmate, isole et embellit sans bloquer les murs. Participe à la réhabilitation du bâti ancien.
« La terre comme palette, les mains comme pinceaux »
Réalise enduits, peintures, badigeons en argile naturelle. Ocre, jaune, rouge, gris… selon les terres du coin. Décore les murs de formes douces et poétiques.
« L’eau est précieuse, douce et partagée »
Gère les usages de l’eau : captation, filtration, stockage, recyclage. Met en place les circuits de vaisselle, lessive, hygiène… tout en économisant chaque goutte.
« Le soleil : moteur silencieux et gratuit »
Optimise l’usage de l’énergie solaire : fours solaires, chauffe-eaux, séchage, éclairage passif. Oriente les zones de travail selon les saisons et les heures.
« Faire danser le linge et tourner les hélices »
Exploite le vent pour le séchage, la ventilation naturelle, et les petites éoliennes. Positionne les équipements et les bâtis dans le flux du vent.
Dans notre société industrielle, les objets affluent… et finissent souvent oubliés ou jetés. À Can Decreix, on fait tout l’inverse : on ralentit, on trie, on répare, on transforme. Ce cercle s’occupe de donner une seconde (ou troisième !) vie aux matériaux issus de la « civilisation du jetable ». Chaque rôle incarne une poétique de la récupération, un soin particulier porté à la matière.
Chaque rôle de ce cercle combat l’accumulation et l’obsolescence programmée. On préfère la réparation à l’achat, le bon usage à la possession, le collectif à l’individuel.
C’est un cercle qui repolitise notre rapport aux objets, avec créativité, ingéniosité et conscience écologique. Rien n’est neutre, tout est choix. Et chaque choix peut être fait avec joie.
« Plastique, je te recycle… ou je t’évite »
Ce rôle vise à réduire l’usage du plastique au strict minimum, en le remplaçant par du verre, du métal ou du bois quand c’est possible. La dompteuse :
répare les objets plastiques usés,
évite les microplastiques (en remplaçant les plastiques avant qu’ils se dégradent),
protège les tuyaux d’arrosage ou récupérateurs du soleil,
peint ou enterre les plastiques sensibles,
trie ceux qui ne peuvent pas être réutilisés (avec conscience des filières polluantes du recyclage).
Bonus : certains plastiques deviennent même œuvres d’art… ou objets utiles pour l’irrigation.
« Le métal est déjà là, récupérons-le ! »
Les métaux sont partout, et pourtant extraits au prix de grands dégâts écologiques. Le but ici est de valoriser les métaux déjà en circulation, souvent trouvés en déchetterie ou récupérés localement :
récupération de vis, clous, outils, morceaux métalliques (même dans la cendre !),
fabrication d’abris, poêles-fusées, meubles, clôtures,
entretien et affûtage des objets métalliques (couteaux, ciseaux, casseroles),
réduction de la pollution liée aux batteries ou appareils électroniques.
Une boîte à outils bien fournie, de l’huile de coude, et une attention à éviter les systèmes trop polluants (soudure, etc.) : tout est dans la finesse artisanale.
« Le verre, fragile mais éternel »
Le verre est à la fois précieux et fragile. L’Œil de Verre veille à ce qu’il soit :
lavé et stérilisé (bouteilles, bocaux…),
bien stocké pour éviter la casse,
recyclé avec soin en cas de bris,
réutilisé dans la construction (fenêtres, serres, doubles vitrages),
intégré dans l’art (mosaïque !).
Objectif : créer un système de réutilisation fluide, éviter le gaspillage, et rester prudent avec ce matériau qu’on adore… mais qui peut blesser.
« Moins de vêtements, plus de vie dans les tissus »
Ce rôle incarne une philosophie vestimentaire simple et joyeuse :
simplifier sa garde-robe,
réparer et transformer les vêtements abîmés (draps → chiffons → compost !),
laver les habits à la machine à pédale,
utiliser des teintures végétales et des tissus naturels compostables,
fabriquer des habits adaptés au climat (pulls en laine l’hiver, vêtements amples l’été),
créer du textile ciré (collab’ avec l’huile de coude).
Chaque vêtement a une histoire, chaque fil est porteur de sens. C’est le royaume du slow fashion décroissant, coloré et local
« Le bois, oui — mais sans poison »
Le bois est précieux, mais souvent pollué par des colles, peintures, vernis toxiques. La Jambe de Bois :
trie les bois réutilisables ou non (bois traité → déchetterie),
récupère pour meubles ou constructions intérieures,
évite de brûler du bois pollué,
veille à ce que rien de toxique ne finisse dans la nature.
Une vraie attention est portée au cycle de vie du bois, en collaboration avec ceux qui cuisinent, construisent ou chauffent.
« Écrire, dessiner, chauffer, composter — sans gaspiller »
Papier brouillon, journal, papier toilette… ici, chaque feuille a un destin noble :
réutilisation (écriture, collage, ateliers zines),
tri fin : papier à brûler, à recycler, à composter,
fabrication de papier à base de plantes,
promotion du nettoyage à l’eau plutôt qu’au papier.
La Cocote gère aussi la bibliothèque, les échanges de livres et l’animation artistique autour du papier. Une cascade poétique et utile !
Ce cercle prend soin du vivant sensible : les humains, les animaux, les microbes du compost ou les vers de terre. Il veille à ce que chacun·e ait sa place, son espace, son rythme. Ici, le soin est un acte politique, un pilier de la décroissance.
Ce cercle tisse les liens de solidarité, d’affection, de présence mutuelle. Parce que vivre ensemble, c’est d’abord prendre soin les un·es des autres, à chaque âge, à chaque étape.
« Les chèvres d’abord, les fromages ensuite »
Nourrit, soigne et accompagne les chèvres dans leurs cycles. Ramène le lait, nettoie la chèvrerie, récolte le crottin pour le jardin. Écoute les bêtes, comprend leurs besoins.
« Le sol est vivant, et il se nourrit doucement »
Gère le compost, les toilettes sèches, les litières, les bio-seaux. Veille à la qualité du sol et du compost humain, transforme les déchets en terre fertile.
« Observer sans dominer, cohabiter avec le sauvage »
Observe la faune locale (insectes, oiseaux, serpents…), protège les zones sensibles, informe les résident·es des comportements adaptés. Rappelle que l’humain partage le territoire.
« Arriver quelque part, c’est être accueilli pleinement »
Accompagne les nouvelles personnes, crée du lien, explique les codes du lieu. Distribue les rôles, partage les outils, rassure les timides. Garant·e de l’hospitalité.
« Les émotions aussi ont besoin de compost »
Anime des cercles d’écoute, régule les tensions, accompagne les conflits. Permet à chacun·e d’exister avec ses vulnérabilités. Encourage la parole vraie et la douceur collective.
« Mieux vaut prévenir avec soin que guérir avec chimie »
Suit les petits bobos du quotidien, propose des soins naturels (argile, huiles, repos), surveille les équilibres physiques du groupe. Oriente si besoin vers l’extérieur.
« Les plus petits sont nos plus grands maîtres »
Veille au confort et à la sécurité des enfants, organise les temps de jeu, adapte les espaces. Favorise la co-éducation et la liberté d’exploration dans la nature.
« La mémoire est un bien vivant »
Soutient la place des personnes âgées dans le groupe, crée des ponts de transmission intergénérationnelle. Donne du temps lent, du récit, de la sagesse.